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Thomas Lémar :

itinéraire d'un enfant de douanier...

Pour l'ODOD, association centenaire qui oeuvre en faveur de l'enfance douanière, le père du prodige du ballon rond, s'est livré à une rare interview. Tandis que son fils accordait lui-même à Storyt'elles quelques minutes...par Facetime.

Edwige Lémar, inspecteur des Douanes, est un homme qui cultive la discrétion. Il a toutefois exceptionnellement accepté de partager l'histoire de l'ascension footballistique de son fils cadet.

Milieu de terrain stratégique de l'AS Monaco, convoité par la fine fleur des clubs européens dans le prochain mercato, Thomas Lémar, 22 ans, compte déjà 10 sélections en Equipe de France. L'été passé, les clubs de Manchester et Liverpool étaient prêts à investir jusque 100 M€ pour le recruter. Jouera-t-il la Coupe du Monde du 14 juin au 15 juillet prochain ? Ses dernières prestations et son attitude droite et appréciée le laissent raisonnablement espérer. En attendant la réponse de Didier Deschamps le 15 mai, chez les Lémar, c'est déjà un beau roman et une belle histoire.

Votre fils suit une carrière très remarquée dans le football. Comment cela a-t-il-débuté ?

Je suis passionné de football depuis toujours ; même si mon père - ironie du destin - ne me laissait pas le pratiquer. J'évoluais, en modeste niveau amateur, latéral gauche puis ailier, comme Thomas. Très tôt, en entrainant mes fils dans notre jardin, j'ai remarqué que Thomas, 5 ans plus jeune que son aîné Matthieu, avait un talent particulier. Il passait beaucoup de temps avec son ballon, dormait même avec. A 5 ans il m'a dit : "Papa, je veux jouer au football".

" La simplicité, la loyauté et le respect de la parole donnée, valeurs transmises par notre famille, guideront toujours Thomas, malgré les attraits et les sollicitations nombreuses."

Quel a été son premier club ?

C'est en janvier 2002 que je suis allé l'inscrire à son premier club de foot, La Solidarité scolaire de Pointe à Pitre. Ce qui est amusant aposterions, c'est que la saison étant entamée, Thomas a d'abord été refusé ; avant que le Président du club ne l'accepte finalement. Deux jours plus tard, l'entraineur m'a dit : " Votre fils a vraiment quelque chose en plus".

Thomas a toujours aimé jouer. Dès 9-10 ans, il s'entrainait et répétait ses gammes tout seul. Méthodiquement, comme il le fait toujours. Il était demandeur d'entrainements. Pour continuer à pouvoir le suivre et le former, en parallèle de mon parcours en Douane, j'ai passé des diplômes d'éducateur.

Et à l'adolescence ?

A 12 ans, Thomas a intégré le CREPS (centre de ressources, d’expertise et de performance sportive) de Guadeloupe, en internat. Ses talents sportifs et ses bons résultats scolaires le permettaient. Ce fut le premier éloignement familial. Mère et fils ont du apprendre à se détacher. Etant donné l'amour assez fusionnel qu'il y a entre nous, ce fut difficile et cela l'est toujours un peu d'ailleurs. Les frères aussi se manquaient, car ils sont très proches. Mais nous nous retrouvions le week-end.

Après deux ans au CREPS, des clubs comme Marseille, Bordeaux ou Rennes ont proposé à Thomas d'intégrer leur centre de formation. Après réflexion et discussions, nous avons choisi Caen ; pour son esprit de proximité et sa structure à taille humaine. Laisser partir son fils de 14 ans à 6600 kms exige de la confiance. Et nous souhaitions que Thomas évolue dans la plénitude.

A 22 ans, que ce soit à l'AS Monaco ou en Equipe de France, Thomas fait partie des plus jeunes joueurs professionnels. Or il émane de lui une certaine maturité...

Il a quitté la Guadeloupe à 14 ans, avant de devenir pro à 17 ans et 4 mois, au stade Malherbe de Caen. Passer pro suppose de prendre un appartement, s'organiser et se débrouiller seul quotidiennement. Ce n'était pas évident. Pour lui et nous. Mais nous avons aidé à l'installation ; et cela l'a responsabilisé, rendu autonome. Et Thomas a de la volonté.

Et puis à 17 ans, pas de permis de conduire, pas de voiture. Il allait donc très simplement à pied au stade, sous la pluie voire la neige quelquefois.

Nous avons appris plus tard que ces premières années loin de sa famille et de la Guadeloupe, furent difficiles. Mais il a serré les dents. Heureusement, à ce moment j'étais en poste à Aulnay-Sous-Bois et on se voyait le week-end. Et son camarade Jordan Leborgne de Pointe à Pitre, jouait à Caen avec lui. En fait, depuis très jeune, Thomas joue et évolue avec des adultes. D'où cette maturité peut être.

Comment avez-vous accueilli ses sélections en Equipe de France ?

Avec bonheur et fierté, tout en restant les pieds sur terre. Depuis ses 16 ans, Thomas est sélectionné dans les Equipes de France de jeunes des 17/18/19/20 ans puis Espoirs.

Ces sélections lui ont donné confiance, il a trouvé du temps de jeu et la compétition qui le fait vibrer.

Thomas a été rappelé en Equipe de France le 15 mars dernier pour jouer les matchs amicaux d'avant championnat du monde. Il nous l'a annoncé une fois en route pour Clairefontaine, de façon placide et posée, mais il était était évidemment fier et honoré, comme nous.

"Malgré son talent, Thomas a toujours été réservé et affable. Il ne s'est jamais senti supérieur en quoique ce soit. Ce qui l'intéressait c'était de jouer."

Pourquoi le club de Monaco en 2015 ?

Parmi les propositions, nous avons choisi ensemble l'AS Monaco. Un club qui évolue dans le Top 4 français, où règne une bonne ambiance de travail et qui fait confiance aux jeunes joueurs. Il y a fait une bonne première saison et la 2ème fut l'apothéose. 2017/2018 fut plus en demi-teinte à cause de blessures enchainées.

Est-ce vous qui gérez sa carrière ?

Thomas a deux agents. Je suis juste là pour observer ce qui se passe dans les clubs, accompagner, conseiller ; et je suis au courant de tout. Nous nous appelons ou nous voyons régulièrement à Monaco. Et depuis mon affectation à Compiègne, je suis à 1h d'avion, il n'y a plus l'Atlantique à traverser. En fait, mon rôle est de le décharger des soucis quotidiens. Il s'agit pour lui de rester concentré uniquement sur le football. Je pense que la simplicité, la loyauté et le respect de la parole donnée, valeurs transmises par notre famille, guideront toujours Thomas, malgré les attraits et les sollicitations nombreuses.

Quand j'étais enfant, mon père dirigeait la brigade de surveillance nautique de Pointe-à-Pitre. D'ailleurs, si je n'étais pas devenu footballeur, peut-être serais-je devenu douanier? On ne saura jamais... Je conserve en tout cas un souvenir admiratif de mon père quand il rentrait en uniforme à la maison. Loyauté, simplicité, engagement...Mes parents m'ont transmis leurs valeurs."

Thomas Lémar

Mini bio Thomas Lémar

  • 12/11/1995 : nait à Baie Mahault
  • Janvier 2002 : 1er club de football en Guadeloupe
  • Juillet 2010 : Centre de formation de Caen
  • Mars 2013 : 1er contrat avec le stade Malherbe de Caen, alors en Ligue 2.
  • Juillet 2015 : intègre l'équipe de l'AS Monaco, en milieu de terrain. 
  • Septembre 2015 : première sélection avec l'Equipe de France Espoir.
  • Novembre 2016 : appelé une première fois en Equipe de France. 9 sélections suivront.

Interview réalisée par Carole Galland pour le compte de l'Oeuvre des Orphelins des Douanes. odod.fr

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