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Interview d'Arno Pons

 

Délégué général de Digital New Deal Foundation*

Le 22 mars dernier, vous avez organisé avec la participation de Storyt'elles, la signature officielle du Pacte Numérique. Pourquoi ce Pacte ?

Il s'agit d'un clin d'oeil assumé au Pacte écologique lancé par Nicolas Hulot en 2007, personnalité à forte surface médiatique qui venait alors de quitter TF1. Doté de 12% d'intentions de vote, il menaçait de se présenter aux élections Présidentielles si son Pacte n'était pas intégré au programme des candidats. Les conséquences directes furent considérables. Grâce à cela, Nicolas Sarkozy, peu connu jusqu'ici pour ses engagements écologiques, a lancé le Grenelle de l'Environnement.

Naturellement l'impact du Pacte numérique n'est pas aussi fort à ce stade, mais nous travaillons pour que son esprit et ses idées se diffusent auprès des décideurs et du grand public.

Quels sont les objectifs de ce Pacte ?

Ils sont double: amener le sujet dans l'agenda des politiques, au moment des élections Présidentielles, moment clé de la vie politique française ; et mener un travail pédagogique et informatif auprès du grand public.

Cela se traduit concrètement par 9 engagements signés par tous les candidats contactés par nos soins. Non seulement ils se sont engagés mais certains ont aussi fait des retours écrits sur la façon dont ils veulent traiter ces sujets. De fait, les engagements qui leur ont été soumis étaient rédigés pour être à la fois impliquant et ouverts, de façon à ce que les candidats puissent s'approprier les thématiques et les interpréter en fonction de leurs profils et convictions.

Quelle est la véritable singularité de ce Pacte Numérique ?

Elle tient d'abord dans son approche transversale. Nous abordons le sujet numérique sous un angle global, comme l'a fait Nicolas Hulot avec le Pacte écologique.

Car il faut bien comprendre que notre préoccupation n'est pas seulement économique : elle est sociétale et politique, dans le sens le plus noble. C'est précisément cette approche globale, pas uniquement réduite à l'économie, qui a séduit les 100 personnalités engagées dans le Pacte Numérique.

Deuxième signe particulier : un positionnement humaniste et pro européen. Comme tous les sujets transversaux, le numérique doit s'appréhender à l'échelle du continent. De fait, Marine Le Pen et Jean-Louis Mélenchon n'ont pas été contactés pour la signature du Pacte.

En résumé, à côté des think tank plutôt généralistes comme Terra Nova ou l'Institut Montaigne, nous sommes le seul laboratoire d'idées pro européen dédié au numérique. L'association France Digital, que certains assimilent parfois rapidement à un "concurrent" de la Fondation n'est pas comparable à nous puisque son approche est essentiellement économique et sectorielle. Bref, nous sommes les seuls à ne pas être un lobby et ne recevons aucun financement du GAFA[1] dont nous tenons à rester indépendants.

[1] Les GAFA désignent les géants américains du Net : Google - Apple - Facebook - Amazon.

Pourquoi y aurait-il urgence selon vous ?

Savez-vous que l'Europe ne représente que 2% de la valorisation de l'Economie Numérique ? Ou que la valorisation boursière d'Apple est supérieure au PIB de la France ? Aujourd'hui, la France est déjà une "colonie du numérique". Si on poursuit sur cette voie, elle en deviendra un pays du tiers monde digital.

Les Etats-Unis ont 25 années d'avance sur nous. En lançant les autoroutes de l'information, Al Gore a favorisé l'émergence des GAFA. Ce sont eux qui leurs permettent de demeurer, aujourd'hui encore, la 1ère puissance économique mondiale. Ce sont eux qui assurent également le rayonnement culturel américain. Un rayonnement incroyable, dont l'influence est encore bien supérieure à celle de l'industrie du cinéma hollywoodien après guerre. En fait, aujourd'hui la puissance des GAFA excède celle des Etats.

"Il faut bien comprendre que notre préoccupation n'est pas seulement économique : elle est sociétale et politique, dans le sens le plus noble."

Quelles sont les activités de la Fondation que vous dirigez ?

Il s'agit d'une part, comme tout think tank, de produire des notes et des références d'experts susceptibles de nourrir les politiques. C'est un travail de longue haleine que nous poursuivrons dans les semaines à venir.

Parallèlement, il s'agit de faire irriguer chaque thématique dans le champ du grand public, afin que ces sujets soient bien compris par la plus plus grand nombre. Je tiens beaucoup à amplifier cette deuxième dimension.

Où en est justement la question du numérique dans les esprits ?

La situation est comparable à l'écologie dans les années 70. Un sujet encore trop enfermé dans des débats d'experts et pas assez politisé, au sens large du terme. Le fait que le Secrétariat d'Etat au numérique soit rattaché au Ministère de l'Economie est assez révélateur. Alors que le numérique est une thématique qui concerne tellement de sujets ! Prenez la santé par exemple. Parmi les fondateurs du think tank, figure Laurent Alexandre, professeur en chirurgie et créateur du site Doctissimo. Il nous alerte sur un point crucial : si elle veut garder son expertise médicale, la France doit d'urgence prendre conscience de la révolution qui se joue en Chine et dans la Silicon Valley. Ainsi, le sujet de l'intelligence artificielle arrive à grands pas. Le GAFA dispose de tous les algorithmes et bases de données pour avancer prodigieusement sur le traitement de certaines maladies graves. Si l'on ne veut pas que les Français soient obligés de passer par les GAFA pour se soigner, il faut réagir et agir. Il s'agit de souveraineté sur un sujet capital qui touche chacun de nos individualités.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous allons continuer de produire des notes pour nourrir les hommes politiques tout en amplifiant la dimension pédagogique afin que le peuple s'empare de ces problématiques et accentue la pression sur les dirigeants. L'idée est de créer des événements autour de thématiques précises, avec différents publics, tant issus du public que du privé. Nous voulons être ce chaînon qui manque parfois entre le public et le privé. Pour qu'au-delà des mots, nous puissions proposer des solutions packagées que le public pourrait adouber.

Hier par exemple, j'ai rencontré Paul Duan ,le génie des algorithmes désigné par Forbes parmi les 6 entrepreneurs de moins de 30 ans qui vont changer le monde. Il nous soutient complètement dans notre demarche (c’est d’ailleurs l’un des premiers signataires du pacte numérique),.. Nous avons tous les talents en France pour faire du numérique un projet politique positif. Le meilleur est devant nous!

"Notre signe particulier : un positionnement humaniste et pro européen. Comme tous les sujets transversaux, le numérique doit s'appréhender à l'échelle du continent."

Propos recueillis par Carole Galland, journaliste et fondatrice de storytelles.com

* Arno Pons est également Directeur général de l'agence digitale 5ème gauche et enseignant à SciencesPo.

NEUF ENGAGEMENTS POUR RELEVER LE DEFI NUMERIQUE

LIBERTÉ

1) Libertés et droits fondamentaux

  • Garantir un droit fondamental à la protection des données personnelles
  • Donner aux citoyens les moyens d’une gouvernance individuelle de leurs données.
  • Instituer un organe de défense transversale de l’ensemble des libertés et droits numériques.
  • Soutenir une politique hautement protectrice des données des citoyens lors de leurs transferts vers des pays tiers à l’union européenne.

2) Citoyenneté : mettre le numérique au service de la démocratie

  • Poursuivre une ouverture maîtrisée des données publiques et informer en temps réel sur l’action publique.
  • Réserver un texte par an à la consultation publique, qui sera examiné au parlement
  • Veiller au pluralisme de l’information sur les plateformes fonctionnant sur la base d’algorithmes.

PROSPERITÉ

3) Développement économique et emploi

  • Renforcer la numérisation de notre appareil productif
  • Accélérer massivement la numérisation des PME et ETI
  • Mobiliser l’épargne des livrets et de l’assurance vie vers les start- up
  • Améliorer le compte pme-innovation pour encourager la prise de risque et l’investissement dans l’économie numérique

4) Action publique

  • Faire du numérique un aiguillon de l’efficacité de l’action publique
  • Allouer une part de la dépense publique à  la numérisation massive des services de l’administration
  • Mettre à profit l’exploitation de la production publique de données pour mieux piloter et évaluer en continu l’action publique

5) Territoires

  • Offrir via le numérique une réponse aux fractures économiques de la société
  • Faire participer les acteurs over-the-top au financement des infrastructures pour les zones prioritaires car mal couvertes
  • affirmer partout le numérique comme une réponse aux fractures territoriales et générationnelles

EQUITÉ

6) Droit du travail

  • Repréciser les droits des nouveaux indépendants
  • Penser une protection sociale adaptée aux nouvelles formes de travail digital
  • Ouvrir aux indépendants les conditions d’actions collectives à l’encontre d’une plateforme
  • Encourager des politiques de répartition de la valeur des plateformes d’intermédiation vers les producteurs de contenus

7) Fiscalité

  • Restaurer des règles du jeu équitables
  • Instaurer une équité fiscale par la réforme de la notion d’établissement stable pour mieux déterminer le pays en droit d’imposer

8) Santé

  • Ouvrir la santé aux apports du numérique
  • Former les professionnels de santé au numérique
  • Adopter un cadre permettant aux acteurs numériques européens d’accéder aux données de santé

9) Education

  • Démocratiser la maîtrise du numérique
  • Former les enseignants au numérique
  • Créer un responsable de la pédagogie numérique dans chaque université
  • Assurer la formation des 200 000 développeurs qui manqueront à l’économie française sur la durée du quinquennat
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